Kòd a Po : Kouzen Azakamede de Monvelyno
Alexi.
Lundi 30 Août
2010
Un
besoin de dire dans une approche audacieuse
L’artiste présente un CD de treize musiques, dont
six standards puisés dans le vaste répertoire de
la musique populaire haïtienne, avec des allusions
les unes plus audacieuses que les autres. Voilà
en des mots justes, une ébauche du projet Kòd ak
Pobaptisé Kouzen Azakamedeque le talentueux
guitariste soumet au grand public.
Monvelyno a appris à jouer de la guitare tout
seul à l’âge de 18 ans, à partir de théories
musicales rudimentaires de base apprises au
collège Maranatha, où il fait ses études
classiques. Il n’a pas mis longtemps à devenir
guitariste de
l’église
évangélique où il venait pratiquer quotidiennement.
Quelques années plus tard il rencontre le
saxophoniste Turgot Théodat, qui lui permet
d’avoir accès à d’autres figures de rythmes à la
fois plus complexes et plus proches du souffle
haïtien. Ses visites répétées à Souvnans,Soukri,
Badjo(lakou vodou) et son passage à l’Ecole
Nationale des Arts (ENARTS) vont éclater son
univers et agrandir ses ambitions. Et c’est là
qu’est conçu le projet Kòd ak Poqu’il présente
aujourd’hui sur les fonts baptismaux.
Monvelyno a dirigé le groupe musical Kalfou
Lacroix, prêté ses services à nombre d’autres
formations musicales. Il a joué à côté des plus
grosses pointures de l’univers musical haïtien
parmi lesquels Claude Carré, Mushi Widmaer, Boulo
Valcourt, Turgot Théodat, Fabrice Rouzier, Jimmy
Jean-Félix, Prince Guetjens, Emmelyne Michel,
Belony Murat, Buyu Ambroise, Jean Caze, Marcus
Schwartz, Eddy Bourjolly, pour ne citer que
ceux-là.
La musique de Monvelyno s ‘est réellement
dépouillée au cours de ces trois dernières années,
pour s’installer véritablement au cœur de la
création. Il ne soumet plus ses compositions à des
formules, il les laisse dériver selon la gravité
des lignes mélodiques qui génèrent les accords.
C’est avec la morgue et l’énorme facilité d’un
sculpteur médiéval maîtrisant son matériau qu’il
taille des flèches dans des bois parfois crochus.
Il lui suffit de quelques altérations pour changer
en or le plomb des plus plates mélodies. Son jeu
intervenant sur l’ondulation de la pulpe liquide
des sons, dont les parois parfois étanches se
découpent en une sorte de perpétuelle rapsodie,
puise son essence du jazz et du vodou haïtien,
sans être tributaire d’un musicien en particulier.
Ce jeu serait plutôt la résultante d’un parcours
fait d’influences et de rejets, d’acquis
académiques et de transcendances. Donc il pourrait
s’avérer maladroit de vouloir confiner la musique
de ce guitariste dans un quelconque ghetto, dont
les bornes ne seraient pas, forcément à même d’en
contenir les turpitudes. Dérouler les sons sur
l’entière étendu des registres dans un désordre
ordonné où la messe n’est pas toujours dite
d’avance, mais en respectant une orientation qui
le singularise des autres créateurs procédant de
la même manière, telle est la démarche esthétique
de Monvelyno.
Kòd ak Podévoile un autre Monvelyno, un Monvelyno
chanteur. La surprise est
totale
auprès des gens qui ont apprécié en lui un
talentueux guitariste, enrobé de mille promesses.
On a comme l’impression que la sortie d’un CD de
Monvelyno comme guitariste et arrangeur aurait eu
l’impact d’une véritable consécration. Maintenant
qu’il vient d’endosser son habit de chanteur, il
va devoir convaincre pour mériter le respect dont
il était l’objet comme guitariste. Je veux croire
qu’il n’a pas eu le choix, qu’il n’a pu trouver de
voix suffisamment aptes à porter sa parole. Bien
qu’en invitant des chanteurs et chanteuses à
collaborer au projet, cela lui aurait permis
d’avoir la liberté d’insuffler cette pluralité qui
enrichisse la production artistique et le recul
nécessaire pour peaufiner davantage l’œuvre, le
travail est pour le moins remarquable.
Le premier disque solo du guitariste Monvelyno
Alexis, Kòd ak Po ; Kouzen Azakamedeest désormais
disponible dans les bacs. Une vente signature du
disque est prévue à l’auditorium du journal Haïti
Libertéle samedi 11 septembre prochain. C’est un
disque à avoir.