La déforestation massive et incontrôlée en Haïti,
alimentée par la pauvreté, a eu un effet aggravant lors
des glissements de terrain et des inondations dans la
région des Gonaïves, dans le nord-ouest du pays, où plus
de deux mille habitants sont morts ou portés disparus.
"Dans un pays
déboisé, la végétation ne retient pas l'eau. La
couche de terre arable est emportée par les eaux.
C'est particulièrement le cas en Haïti, notamment
à cause de l'agriculture sur brûlis", souligne
Randolf Gilbert, un expert des Nations unies.
Les montagnes qui dominent la ville portuaire des
Gonaïves sont totalement pelées, la végétation y a
pratiquement disparu. Les habitants de cette
région défavorisée font brûler tout ce qui pousse
pour en tirer du charbon de bois.
En Haïti, pays le plus pauvre du continent
américain, les forêts ont en grande partie disparu,
et le taux de déboisement atteint 98%, selon des
scientifiques.
"Evidemment, le déboisement est un facteur
aggravant, mais pas la seule cause de la
catastrophe (des Gonaïves). En cas de
précipitations, il provoque un apport rapide de
terre dans le lit de la rivière et les
débordements deviennent beaucoup plus fréquents",
explique Christian Rousseau, un des sept membres
du conseil des sages -organe consultatif
intérimaire qui se substitue à l'assemblée
nationale.
D'après lui, c'est avant tout la situation
géographique des Gonaïves qui est à l'origine de
l'ampleur du drame.
"La ville est le point d'aboutissement d'un bassin
versant, tous les cours d'eau convergent vers les
Gonaïves", souligne ce géographe de formation qui
rappelle en outre que le point le plus élevé de la
ville se situe à deux mètres au dessus du niveau
de la mer.
Le coordinateur des opérations de la Protection
civile haïtienne dans la région des Gonaïves,
Benoît Pierre-Michel, estime que les torrents de
boue provenant de la vallée de la rivière Quinte
ont charrié des corps humains jusqu'aux Gonaïves,
à un vingtaine de kilomètres en aval.
Le membre du conseil des sages ajoute que "sans
alternative économique", la question de la
déforestation ne pourra pas être réglée.
"La population est dans une logique de survie. Les
gens sont conscients du problème, ils savent qu'il
ne faut pas couper du bois, faire brûler la
végétation, mais ils n'ont pas d'autre source de
revenus". Dans 70% des foyers haïtiens, on cuisine
au charbon de bois, faute d'électricité.
Aux Gonaïves, nous avons maintenant des
inondations, mais dans deux mois nous aurons
probablement une sécheresse", a écrit le ministre
haïtien de l'Environnement André Wainwright, dans
une tribune publiée par le quotidien haïtien La
Nation.
Il plaide pour un vaste programme de reboisement.
Pour le mener à bien, insiste le ministre, il faut
trouver de nouvelles sources de revenus pour ceux
qui vivent du commerce du charbon de bois.
"Notre économie est extrêmement fragile,
observe-t-il, notamment en raison de la
dégradation des conditions de vie dans les zones
montagneuses, où les agriculteurs ne peuvent plus
compter sur les revenus de leurs cultures
traditionnelles pour subvenir aux besoins de leur
famille".
Une des responsables de la Banque mondiale dans
les Caraïbes, Caroline Anstey, partage cette
analyse et juge "urgent et fondamental de mener de
front le combat contre la pauvreté et la
déforestation".
Pays exsangue, Haïti dépend de l'aide apportée par
la communauté internationale et le gouvernement
intérimaire actuel, au pouvoir depuis le départ de
l'ancien président Jean Bertrand Aristide en mars
2004, dispose d'une marge de manoeuvre économique
très étroite.