L'électricité était toujours
coupée dans cette ville de 250.000 habitants, en
partie nourris par la communauté internationale.
Les réseaux d'eau potable et d'évacuation des eaux
usés, peu efficaces en temps normal, dévastés par
la montée brutale des eaux, sont tous
inutilisables.
Venue
présider samedi une réunion du comité local de
coordination des secours aux Gonaïves, la ministre
de la Santé Josette Bijoux estime qu'il faudra
beaucoup de temps pour établir un bilan définitif".
Jusqu'ici 1.196 morts ont été recensés aux
Gonaïves et un millier de personnes restent
toujours portés disparues.
Le "comité
de gestion des cadavres", qui fait partie du
comité de coordination, évalue d'ailleurs ses "besoins
à 2.000 linceuls en plastique". Chaque jour de
nouvelles victimes sont retrouvées avec la baisse
des eaux. Samedi matin, un cadavre, enroulé dans
une bâche blanche, avait été déposé au bord de
l'avenue des Dattes, la grande artère qui traverse
la ville, dans l'attente de son ramassage.
A
quelques mètres de là, des enfants jouaient dans
l'eau boueuse stagnante où des femmes faisaient
leur toilette ou lavaient le linge. Pour Mme
Bijoux, les "risques sanitaires", comme les "diarrhées,
la typhoïde ou le tétanos" sont bien réels. La
ministre vient donc de demander à 200 médecins et
infirmières de Port-au-Prince de venir donner des
conseils en épidémiologie aux habitants des
Gonaïves. Seul point positif, déclare-t-elle, "l'eau
des puits artésiens est claire et pourra être, une
fois désinfectée, distribuée par citernes".
De leur
côté, les organisations humanitaires
internationales, comme la Croix-Rouge, ont
entrepris samedi d'installer des citernes souples
permettant de stocker l'eau potable puis de la
distribuer par un réseau de tuyaux souples. Au
carrefour d'entrée de la ville, devant les restes
du commissariat détruit par un émeute
anti-Aristide au début de l'année, des habitants
attendaient l'arrivée des camions d'aide
humanitaire.
Samedi en
début d'après-midi, ils ont vu passer un convoi de
camions aux couleurs du Programme alimentaire
mondial (Pam), venu distribuer, sous l'égide du
gouvernement haïtien, des vivres. Cette
distribution, à laquelle les organisations
humanitaires comme Care et Action contre la Faim,
n'avaient pas été associées, s'est déroulée dans
cinq endroits de la ville, sous forte escorte de
Casques bleus de la Mission de stabilisation des
Nations-Unies en Haïti (Minustah).
Au centre
de coordination de l'Onu, installé à l'université,
des Casques bleus brésiliens filtrent les
habitants malades ou blessés, et les aiguillent
vers un médecin militaire qui ausculte les femmes
enceintes et soigne à grandes doses
d'antibiotiques les victimes de grosses coupures
ou d'infections cutanées.