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Serin, un orphelin parmi tant d'autres en Haïti Mardi 28 septembre 2004

    GONAIVES, Haïti (AP) - Le cyclone Jeanne et le déluge qui s'est abattu lors de son passage ont fait au moins 1.500 morts en Haïti. Parmi ces victimes, de nombreux pères et mères de familles ont laissé derrière eux des orphelins livrés à eux-mêmes dans un pays au bord du chaos, comme Serin Huberman, qui a vu ses parents et ses trois frères et soeurs emportés par une coulée de boue sous ses yeux.

  "Maintenant quand il pleut, j'ai peur", confie Serin, 14 ans, le corps encore recouvert de boue séchée. "Je suis tout seul. Tout a changé. Je ne sais pas comment je vais survivre".

  Assis à la table d'un refuge où une dizaine d'orphelins blanchissent de la canne à sucre en échange d'un salaire de misère et d'un peu de nourriture, Serin raconte son histoire tragique, commune à beaucoup d'autres enfants des Gonaïves.

  Beaucoup de survivants affirment ne pas avoir été avertis que le cyclone frapperait la partie basse de la troisième ville d'Haïti encerclée par des montagnes dénudées par la déforestation. La pluie a commencé à la nuit tombée, alors que les enfants jouaient sur les toits. Puis, rapidement, l'eau a dévalé depuis les hauteurs environnantes.

  Serin se trouvait sur un toit quand il a remarqué que le niveau de l'eau montait. Il a alors vu ses parents et ses frères et soeurs lutter en vain pour empêcher l'eau de pénétrer dans leur cabane. En une demi-heure, le niveau a atteint deux mètres, et il a vu ses parents disparaître dans l'obscurité, emportés par le courant. Leurs corps n'ont toujours pas été retrouvés. "Ils me manquent", souffle-t-il. "Je ne peux plus supporter la pluie".

   Les organisations humanitaires continuent à distribuer des vivres, plus d'une semaine après le passage de Jeanne, et tentent de soigner les blessés. Les chirurgiens travaillent dans des conditions terribles, sans électricité, ni antibiotiques. Des psychologues doivent arriver cette semaine en Haïti pour aider la population à faire face au drame, lisible sur les visages des sans-abri errant dans les rues. "Au-dehors, les gamins ont l'air bien. Mais à l'intérieur, ils sont détruits", explique Kate Donovan, de l'Unicef.

   Beaucoup de maisons du quartier de Raboteau, où habitait Serin, sont encore inondées de 30cm d'eau. On tente d'aider les orphelins, malgré le manque d'argent et de nourriture. Les écoles sont toujours fermées mais, de toute façon, Serin ne pense pas qu'il y retournera. Sans argent pour payer l'uniforme et les livres de classe, il continuera à blanchir de la canne à sucre.

  "C'est très dur pour moi", soupire-t-il, décollant des plaques de boue séchée sur son corps, qui semble celui d'un enfant de huit ans. "Je veux juste oublier". AP
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