GONAIVES,
Haïti (AP) - Le cyclone Jeanne et le déluge qui s'est
abattu lors de son passage ont fait au moins 1.500 morts
en Haïti. Parmi ces victimes, de nombreux pères et mères
de familles ont laissé derrière eux des orphelins livrés
à eux-mêmes dans un pays au bord du chaos, comme Serin
Huberman, qui a vu ses parents et ses trois frères et
soeurs emportés par une coulée de boue sous ses yeux.
"Maintenant quand il pleut,
j'ai peur", confie Serin, 14 ans, le corps encore
recouvert de boue séchée. "Je suis tout seul. Tout a
changé. Je ne sais pas comment je vais survivre".
Assis à
la table d'un refuge où une dizaine d'orphelins
blanchissent de la canne à sucre en échange d'un salaire
de misère et d'un peu de nourriture, Serin raconte son
histoire tragique, commune à beaucoup d'autres enfants
des Gonaïves.
Beaucoup
de survivants affirment ne pas avoir été avertis que le
cyclone frapperait la partie basse de la troisième ville
d'Haïti encerclée par des montagnes dénudées par la
déforestation. La pluie a commencé à la nuit tombée,
alors que les enfants jouaient sur les toits. Puis,
rapidement, l'eau a dévalé depuis les hauteurs
environnantes.
Serin se
trouvait sur un toit quand il a remarqué que le niveau
de l'eau montait. Il a alors vu ses parents et ses
frères et soeurs lutter en vain pour empêcher l'eau de
pénétrer dans leur cabane. En une demi-heure, le niveau
a atteint deux mètres, et il a vu ses parents
disparaître dans l'obscurité, emportés par le courant.
Leurs corps n'ont toujours pas été retrouvés. "Ils me
manquent", souffle-t-il. "Je ne peux plus supporter la
pluie".
Les organisations
humanitaires continuent à distribuer des vivres, plus
d'une semaine après le passage de Jeanne, et tentent de
soigner les blessés. Les chirurgiens travaillent dans
des conditions terribles, sans électricité, ni
antibiotiques. Des psychologues doivent arriver cette
semaine en Haïti pour aider la population à faire face
au drame, lisible sur les visages des sans-abri errant
dans les rues. "Au-dehors, les gamins ont l'air bien.
Mais à l'intérieur, ils sont détruits", explique Kate
Donovan, de l'Unicef.
Beaucoup de
maisons du quartier de Raboteau, où habitait Serin, sont
encore inondées de 30cm d'eau. On tente d'aider les
orphelins, malgré le manque d'argent et de nourriture.
Les écoles sont toujours fermées mais, de toute façon,
Serin ne pense pas qu'il y retournera. Sans argent pour
payer l'uniforme et les livres de classe, il continuera
à blanchir de la canne à sucre.
"C'est très dur pour moi",
soupire-t-il, décollant des plaques de boue séchée sur
son corps, qui semble celui d'un enfant de huit ans. "Je
veux juste oublier". AP